Architecture du 20è siècle

Le début du siècle est marqué par l'installation de plusieurs grandes industries qui entraînent une extension rapide de l’agglomération. La plus importante est la Société métallurgique de Normandie, créée en 1912 sur les communes de Mondeville et Colombelles, qui aménagera après la Première guerre une importante cité ouvrière bien dotée en services (écoles, magasins, bains-douches). Des cités seront aussi construites par l’office des Habitations à Bon Marché du Calvados pour loger les ménages modestes.

 

L’expansion urbaine se fait également au profit des classes plus aisées avec par exemple la création de la cité-jardin du Nice Caennais. Quelques nouveaux équipements sont construits dans le centre : un lycée de Jeunes filles, une nouvelle poste, spectaculaire monument de style art déco (architecte Pierre Chirol) en pierre de taille, une gare routière en béton armé. Mais le grand chantier de l’entre-deux-guerres concerne les travaux de salubrité avec la couverture des rivières traversant la ville et la création d’un réseau d’eau et d’assainissement.

Relativement peu touchée pendant l’Occupation, Caen se trouve en première ligne lors du débarquement de juin 1944. Principal obstacle à l’avancée des troupes alliées, la ville est assiégée et bombardée pendant plus d’un mois. À sa libération le 19 juillet, le centre est détruit sur plus de la moitié de sa surface. Pendant de longues années, les caennais devront se contenter de baraquements provisoires. Parmi les constructions d’urgence des toutes premières années, le quartier Saint-Paul se distingue par sa qualité. Les maisons sont de plusieurs types, françaises (en pierre récupérées dans les décombres), américaines (préfabriquées), finlandaises. Des maisons suédoises en bois y sont également implantées. Elles font partie du don fait à partir de 1947, par le gouvernement suédois au département du Calvados.

 

 

La reconstruction définitive, encadrée par le Ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme (MRU) et financée par l'Etat, est quant à elle confiée à l’architecte Marc Brillaud de Laujardière. Son projet remanie et réorganise le centre-ville tout en respectant sa logique historique. L'Avenue du 6 juin qui dédouble la rue Saint-Jean constitue l'épine dorsale de la Reconstruction. Voie symbolique de plus d’un kilomètre, elle relie la gare et l'Université. Elle est rythmée par une série de tours qui marquent l’entrée dans le centre. En son milieu le jardin de la place de la Résistance permet la mise en valeur de l’église Saint-Jean, principal monument du quartier. Les entrées des immeubles sont agrémentées de bas-reliefs remarquables, qui rappellent les vieux métiers de l’île Saint-Jean.

 

Au fil de la reconstruction, les bâtiments affichent une modernité de plus en plus affirmée, par exemple les Tours-Marines de l'avenue du 6 juin, ou l'ensemble des Quatrans au pied du château. La reconstruction donne également lieu à de nombreuses expérimentations sur le plan, les volumes, la lumière, les techniques. Mais le choix initial d’utiliser la pierre calcaire ne sera jamais remis en cause. La reconstruction sera aussi l’occasion de donner à la ville de nouveaux monuments : l'église Saint-Julien (architecte Henry Bernard), le monastère des Bénédictines (Marcel Clot et Jean Zunz architectes). Le plus important est l’Université, construite par Henry Bernard. Premier « campus » de France, elle regroupe l’ensemble des facultés et des services de la vie étudiante sur un vaste terrain paysagé de 30 hectares.

Dans les années 1950  les premiers grands ensembles sont construits pour répondre à l'expansion démographique et au manque de logements. Le premier est le quartier de la Guérinière, à partir de 1954. Les immeubles sont en pierre de taille et un château d'eau en béton (classé monument historique en 2011), aux formes spectaculaires, est commandé à l’architecte Guillaume Gillet.

 

En 1962 débute la construction d'une ville nouvelle en périphérie. Hérouville-Saint-Clair, située au nord-est de Caen, est aujourd'hui la deuxième ville du Calvados avec 24 000 habitants. Construite selon un plan innovant, la ville est organisée en quartiers séparés par des voies de desserte. L’achèvement de la ville aura lieu dans les années 1980, avec la construction du quartier du centre : la citadelle douce (Eugène Leseney architecte), d'inspiration organique, organise le cœur de la ville autour de la mairie, du théâtre, et de logements.

 

Au même moment, alors que les courbes économiques et démographiques tendent à décliner, la période d'urbanisation massive précédente est l'objet de vives critiques. Il s'agit alors de trouver des solutions pour améliorer les périphéries et revitaliser les centres-villes. Aujourd'hui, l’urbanisme d’Hérouville est en pleine recomposition et de nombreuses réalisations nouvelles témoignent de sa vitalité.


Les Rives de l’Orne, comprenant logements et commerces, ont par ailleurs remplacé une ancienne zone ferroviaire. Située à deux pas du centre, elle apporte une vitalité nouvelle à la rive droite. Dans le même secteur, le chantier sur la recomposition de la friche industrielle de la Presqu’île a débuté. Enfin la mise en valeur du patrimoine n’est pas oubliée avec l'aménagement piétonnier de la place Saint-Sauveur ou la restauration du Palais Ducal, près de l’Abbaye-aux-Hommes.

Des opérations de réhabilitation sont en cours dans les quartiers de la Guérinière et de la Grâce de Dieu.

 

(d’après le plan-guide Architecture du XXe siècle, Caen et son agglomération. Publié par le CAUE, Conseil d’Architecture, de l’Urbanisme et de l’Environnement du Calvados, et la Jeune Chambre Economique. Textes Patrice Gourbin)